2 mai 2012

Submersion

La vague, Thiers 2012


28 novembre 2011

Besoin de pimenter votre quotidien ? Robert Benchley ou la SNCF. Au choix.

J’avais prévu de vous parler littérature, de deux livres de Robert Benchley achetés dernièrement dont je devais citer quelques passages d’humour notamment sur le thème des enfants et de Noël (cf : Les enfants, pour quoi faire et Pourquoi je déteste Noël, aux ed. Wombat) Ce sera pour plus tard…

Et puis j’ai soudain comme plongé dans l’absurde, le comique, la dérision, l’humour noir. Le piquant de situation à la Benchley est devenu la réalité d’une après midi.

Vendredi matin donc, je me suis levée tôt et j’ai pris le train.Ce genre d’expérience banale se transforme régulièrement en épopée, je ne vous apprends rien. Mais lorsque mon train est parti avec 3 minutes d’avance, il me semblait bien que quelque chose allait se passer.

Un changement de train a Lyon, le train suivant annoncé avec 25 minutes de retard, tout était parfaitement normal. J’en profitais pour aller te saluer, Maia, au rayon ordinateurs de la Fnac de Lyon, et décidais de ne pas déjeuner au vu des files d’attentes aux sandwicheries peu ragoutantes de la gare. Je montais dans le train, certains voyageurs mangeaient leur pique-nique, d’autres lisaient ou écoutaient de la musique, personne ne parlait a personne.

Je lisais du Benchley, rigolant intérieurement tout en faisant bien attention de ne pas toucher du coude ma vieille voisine fort peu souriante.

Lorsque le TGV à ralenti, j’ai pensé que l’on s’approchait d’une gare ou qu’il s’agissait d’un ralentissement temporaire. La vue était sympathique, il faisait beau, la campagne avait ses couleurs d’automne.

Stop.

Petits soupirs dans l’assistance, on regarde sa montre, on fait savoir à qui entendra qu’on est comme d’habitude en retard, qu’on va louper sa correspondance, mais c’est pas possible, putain ça fait chier, et Roger qui est déjà a la gare, allo papa on va être en retard, on sait pas combien de temps on est arrêté en pleine cambrousse, et vous vous allez a quelle gare, c’est toujours la même histoire.


« Mesdames et Messieurs, ici le personnel de bord. Nous vous informons que nous sommes actuellement arrêtés en pleine voie pour cause d’accident de personne. Notre retard sera d’environ 1 heure 30 a Marseille St Charles. Nous demandons au personnel volontaire de rejoindre les contrôleurs. Nous vous prions de ne pas tenter d’ouvrir les portières. Merci de votre compréhension. »

Soupirs francs et répétés, tout le monde sort son portable, certains sortent leur déjeuner, on se regarde discrètement, on tâte la tension. Accident de personne = pas de remboursement. « C’est la saison, madame, juste avant les fêtes ça n’arrête pas. Pareil au printemps. » Personne ne le dit mais on sent un certain agacement vis a vis du suicidé.

Le temps passe, dehors rien ne se passe, les gens commentent ouvertement la situation, ceux qui ont faim regardent ceux qui mangent, on téléphone à toute la famille, aux copains et pendant qu’on y est à l’assurance pour annuler un vol le lendemain pour cause de maladie. Pour une fois qu’on a le droit de téléphoner dans le wagon !

« Mesdames et messieurs, notre personnel va passer parmi vous afin de référencer vos correspondances. Nous sommes actuellement arrêtés en pleine voie pour cause d’accident de personne. Pour des raisons de sécurité notre TGV ne desservira pas les gares prévues… Merci de ne pas tenter d’ouvrir les portières. »

Le sarcasme et l’ironie apparaissent. On s’énerve de ne pas savoir comment avoir ses correspondances. On attaque le contrôleur de questions dont il n’a pas les réponses. On nous demande qui va ou, pour nous tenir informes des solutions possibles. A ce stade, il y a encore un espoir pour certains, même faible, d’arriver a temps. Mais le temps passe, on regarde les montres, on rappelle Roger pour lui dire de rentrer chez lui et d’attendre les directives, on commence a sourire jaune d’une commune exaspération, tous dans la même galère, ahlala mais c’est pas possible.


« Mesdames et Messieurs notre train va bientôt pouvoir repartir, nous attendons l’autorisation de démarrer. Le train desservira les gares de (…)»

Soulagement général, sms, appels, on se croirait dans un open space de telecoms version reality show. Roger ne décroche pas, mais ou est-il ? Appelle Gisèle. Mais pourquoi il démarre pas ?

« Mesdames et Messieurs notre train subit actuellement un problème technique indépendant de l’accident de personne. (bruits de frottements du combine) … nous allons procéder au tractage du train sur une voie de secours, puis au transbordement des passagers de la rame de tête en rame de queue de manière repartie pour la charge. »

A partir de ce moment la, tout espoir de correspondances est perdu, celui de se nourrir bientôt également, le voyage ne fait que commencer. Les gens se sont mis a parler entre eux, à rire de la situation. Quand on a pu enfin descendre pour changer de rame en pleine campagne ou le sol était a 1m50 de la marche, tout le monde s’aidait pour sauter avec les valises, attention madame c’est haut, les mamies se sont faites porter… On avait pour mission de rejoindre nos wagons correspondants dans la rame de queue, on marchait dans l’air frisquet mais sous le soleil, tirant les valises qui faisaient un boucan pas possible.

Par grande chance, les rames étaient à moitie vides, presque tous les voyageurs ont trouve un siège libre.

Nous avons encore attendu.

Attendu.

Attendu que la rame de tête soit tractée plus loin.

Attendu que l’on retrouve le conducteur qui était parti dans la rame de tête et qui ne revenait pas (on a su plus tard qu’il était revenu en partie a pieds ( !!!) en tirant sa valise, lui aussi…)

Attendu les tests de la machine.

Attendu et re-attendu les autorisations pour repartir.

On a eu le temps de faire les devoirs de grammaire d’étudiants Canadiens, certains de faire plus ample connaissance et d’échanger leurs emails pour se revoir plus tard, de nous distribuer les enveloppes pour le remboursement des billets, des verres d’eau pour se désaltérer, Madame aura pu terminer les mots-croises qu’elle mettait trois plombes à faire, l’ambiance était plutôt bon enfant – au moins dans mon wagon – et on aurait presque dit que l’on se sentait bien, là. Mais comme tout bon moment a une fin, une voix nous a parlé :

« Mesdames et Messieurs, ici le conducteur du train. Je m’appelle Jean-Louis et je vais vous résumer tous les événements qui ses sont succédés afin que vous compreniez pourquoi nous sommes restes si longtemps arrêtés. Tout d’abord nous avons été ralenti a 30km/heure…chrchr… cause d’un accident de personne…chrchrhchrhchrhrh…personnel de sécurité…chrhcrhhrhchrh…attendre que la voie soit libérée pour…chrhchrhhchrhhrhcr… chrchrhchrhchrhrh… panne dans la cabine… chrhchhrhchr… vérifier la…chrhchrhchrh… vitesse de 140km/heure, nous pourrons… chrchrhcrh… 300km/heure…chrchrhcrhchhrhhrchchrhhchrhchhr… nous desservirons les gares initialement prévues avec un…chrhchchrhchch…crhhrchrhcrhhch… merci de votre compréhension… »

Hilarité générale… il faut bien expulser la nervosité, certains cherchent la camera cachée mais non, non. Rien. On ne saura pas plus.

On redémarre, on applaudit Jean-Louis, et 15 minutes (pour ne pas dire 3 heures 30) plus tard j’arrive en-faim a destination.

A noter toutefois que les personnes avec correspondances n’ont pas trop su si elles pourraient en avoir d’autres ou si la SNCF s’occuperaient d’elles en gare… les bureaux de la compagnie ne répondant plus aux appels téléphoniques du personnel de bord.


23 novembre 2011

Histoire courte

Emballée par ma lecture du moment, j’ai fait part de mon enthousiasme à Flora, laquelle me suggére que cela pourrait faire l’objet d’un post … Ni une ni deux, je saute sur le clavier pour taper cette bonne histoire :

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« Un jour, une femme marchait avec son fils quand un oiseau volant au dessus d’eux lâcha une fiente sur la tête de la femme. Mère et enfant continuèrent leur chemin jusqu’à ce qu’ils arrivent au milieu d’un troupeau de vaches où l’enfant les bouses épaisses sur l’herbe. ‘Mère, dit l’enfant, n’est ce pas une bonne chose que Dieu n’ait pas placé les vaches dans le ciel ?’ « 

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Je me régale.

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Extrait de La Drôle et triste histoire du soldat Banana, de Biyi Bandele


27 octobre 2011

En attendant cyanopic.fr

Ma chère Flora,

Il est vrai que ces temps-ci je n’étais plus guère active sur Pensées-Imges … quelle honte à moi, délaissant un blog frôlant la perfection …

J’en ai pourtant des choses à poster, de nouvelles photos, des vieilles nouvelles photos (les trucs oubliés et redécouverts au fond des dossiers), du texte même, oui oui (mais de moi), des trucs que j’ai aimés, qui m’ont fait pousser de hauts cris, et peut-être même en cherchant bien, des trucs bien vilains qui m’auraient hérissés car de temps en temps il est bon de pilonner un peu.

Et pourtant je n’en fais rien … car oui pour écrire, cogiter, gueuler photo, j’attends cyanopic.fr, un blog qui ne perd rien pour être une star de blog, une étoile majeure de la blogsphère et de la photoshpère de qualité !!

Pensées-Images c’est plus intime, plus introspectif, Pensées-Images c’est plus « ma vie » quand cyanopic.fr sera plutôt « mon œuvre ».

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Intermède manga pour souffler :

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Hors qu’ai je à dire en ce moment sur ma vie ?

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Pas grand chose, rien de sensas’, c’est le train-train, j’attends de pied ferme l’hiver qui se pointe, je vais 2 fois par semaine à la piscine pour avoir des épaules de Goldorak (ça marche pas trop mais au moins ça m’évite de faire trop de lard), du coup 2 fois par semaine je pue le chlore, je scanne, je me dis qu’il est vraiment temps de passer (et de réussir surtout) de bonsoir de %£*&#§ de permis de conduire, je prépare mes cours d’histoire de la photo avec une flemme incommensurable, une de mes photos c’est fort mal vendue  aux enchères la semaine dernière et depuis j’en veux énormément à ces gros vieux bourges lyonnais coincé de bonne famille (déjà qu’ils ne m’étaient pas tellement sympathiques), je me tâte à déposer un CV au magasin Darty Part-Dieu où j’ai une touche avec Aurélie la chef de rayon mais l’ambiance du magasin me donne d’avance des boutons, je me dis qu’il faut que m’achète des chaussures pour l’hiver (pourquoi les chaussures bien sont-elles toujours chères ???), je lis des nouvelles pas terribles de Jack Lang, j’ai envie d’aller au cinéma et voir du cirque, j’ai pas du tout du tout envie de faire la cuisine (merci le surgelé, le sous vide et autre procédé sans trop de bisphénol A), depuis le mois de septembre je n’ai fait ni cyano ni van dick, j’ai 5 pelloches n&b à développer (sur ce soir je les fais, ou demain, ou la semaine prochaine …), il faut que je commence à stocker diverses boites pour les ateliers de sténopé que je donnerai à des minots aux mois de janvier et février …

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Bref, la liste est longue des petits riens que l’on peut énumérer à l’envie. Il est bon d’ailleurs de s’y remettre, j’ai bien fait d’entamer un post à propos de ce que je voulais mettre sur cyanopic pour finalement me lâcher un peu et honorer Pensées-Images !!

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Je reviens tout de même à mon point de départ avec ces 2 photos © Faustine Ferhmin. Merci Faustine d’avoir pris ces images du grand grand cyano que toi et Violaine et Maia, merci aussi, vous m’avez aidée à faire cet été. Celui-là ne sera ni Pensées-Images ni sur cyanopic.fr faute de place.

Bon attention, ça a l’air de péter grave comme ça mais ce n’est pas si impressionnant. Lorsqu’on voit le résultat, la frise (c’est comme ça que j’appelle cet ensemble de 4 panneaux) parait plutôt petite, étroite. Ce n’était qu’un essai pour un résultat plus réussi la prochaine fois (l’été prochain quoi).

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Et je lance d’ors et déjà un avis : j’ai besoin d’au moins 2 assistants pour faire grands cyanotypes, en montagne ou moyenne montagne de préférence, juin-juillet-août 2012 !!!! (à cause des UV).

Cherche aussi riche mécène aimant cyanotype pour financement de grandes plaques de verre 4 mm et autres matériels plus ou moins couteux. Pas sérieux/se s’abstenir.

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Et sur la 1ère photo je te laisse apprécier au choix : le grand cyano, les épaules de Goldorakette !!

A très bientôt !!

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10 octobre 2011

Kamo River

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Aujourd’hui, je change un peu les règles de Pensées Images pour présenter un film qui sera très bientot terminé et qui trouvera je l’espère plusieurs modes d’exploitation afin que le plus grand nombre puisse en profiter.


Il s’agit de KAMO RIVER, un documentaire un peu spécial tourné aux bords de la rivière Kamo de Kyoto, Japon.

Entre essai et documentaire, Kamo River nous assoit aux côtés des Kyôtoïtes. On partage cet espace commun, on se laisse porter par les allées et venues, les rencontres, les rires et les silences. On est saisi par cette vision poétique qui nous plonge dans le bleu de la Kamo, dans le ciel qui s’y reflète et au plus profond de nous même.


Eric Richer, réalisateur, nous éclaire un peu sur le sujet:


A quand remonte l’origine du projet ?


A mon premier voyage au Japon, en 2004. Le choc reçu là-bas fut aux antipodes de tout ce que j’avais pu voir/lire/entendre à propos de l’archipel. J’y ai fait la connaissance d’un peuple d’une bonté rare, de gens qui savent encore vivre ensemble, et ce malgré le rythme imposé par leur système et leurs conventions sociales. 3 autres voyages là-bas finirent de me persuader que je n’avais pas eu affaire à un phénomène isolé. Et puis en 2007, en réaction à une certaine catégorie de documentaires qui selon moi continuaient de polluer l’image de ce pays, j’ai eu envie de montrer ma vision des choses.
Car dans la représentation collective médiatique française, le Japon est encore aujourd’hui systématiquement associé aux geishas, aux sushis, aux samouraïs, aux sumos, aux néons, aux mangas, aux love-hôtels, au cosplay, à la prostitution lycéenne, à la mort par épuisement, aux règles imposées par le collectivisme, aux otakus, aux enfants sans jeunesse qui se doivent de réussir… bref, il sonne toujours pour les Français comme le lieu de tous les extrêmes. Tel est le Japon que veulent nous montrer les documentaires actuels, quand ils ne continuent pas à véhiculer les sempiternels clichés de ce pays tiraillé et perdu entre tradition et modernité. Le Japon, ce monde qui attire et fait peur. On le perçoit toujours comme à l’opposé du nôtre, un lieu à l’étroit où il faudrait être fou ou fataliste pour réussir à y (sur)vivre. Un pays où on se dit que le bonheur n’a pas sa place, ou uniquement de façon éphémère et violente.
Voilà pourquoi j’ai voulu filmer le Japon que j’avais rencontré, fréquenté, qui m’avait touché, changé. Ce Japon qui avait redonné au misanthrope que j’étais devenu une certaine foi en l’être humain…


Pourquoi la rivière Kamo à Kyôto ?


Au risque de paraître un peu mystique, je dirais que je cherchais un endroit comme celui-là, mais qu’il m’a trouvé avant. Je voulais un lieu «rassembleur», où l’on pourrait voir se croiser toutes les classes sociales, un lieu où les Japonais seraient eux-mêmes, au naturel. Le hasard ou le destin (ça y est je redeviens mystique) a fait que j’ habitais Kyôto cette année là, à deux pas de la Kamo. J’ai su au bout d’une semaine que je ferai le film là-bas.
L’endroit était idéal pour ce que je voulais faire, à savoir porter un regard sans jugement sur ces gens qui traverseraient l’objectif de mon œil-caméra, à l’instar de Nicolas Bouvier (romancier voyageur) et de son «mur-théâtre» à Tôkyô, devant lequel il photographiait les passants. Asseoir le spectateur au bord de l’eau, au côté des Japonais, les regarder vivre, tout simplement, partager des moments cocasses, émouvants, insolites, être en paix avec eux, grâce à eux, voilà ce vers quoi je tendais. Comme un album de photos mouvantes, un carnet vidéo de voyage qui essaierait de vous imprégner de cette âme locale, de cette sérénité qui se dégage de leurs rapports entre eux. J’ai pu ainsi observer nombre de personnes comme vous et moi, de tout âge, de tout milieu, venus s’amuser, discuter, jouer de la musique, danser, boire, draguer, faire du sport, lire, se ressourcer au bord de cette rivière, artère de Kyôto que j’ai arpentée du nord au sud, sur une dizaine de km, pendant une année donc.


Tu proposes une vision moderne, mais démarres le film en Super 8…


Oui car cette séquence se devait d’être en rupture avec le reste, visuellement et musicalement. Elle est comme une ultime déclaration de guerre aux stéréotypes qui collent encore à ce pays, une sorte de rappel final de tous les clichés liés à l’archipel, pour en finir une bonne fois pour toutes avec eux. Le format carré du Super 8 y symbolise «la vieille image» du Japon, un souvenir de «Super touriste», qui contraste ainsi avec ce qui suit, soit le vrai démarrage du film, une image HD 16/9e de la rivière, qui vient «laver» définitivement les préjugés tout en nous permettant de partir dans cette aventure avec des yeux neufs.
La musique devait suivre la même voie, frénétique pour cette intro puis plus posée ensuite. J’avais pensé à utiliser de la J-pop, genre très populaire mais très réducteur vis à vis de la richesse de la scène musicale japonaise. Par contre je ne voulais pas qu’on pense que je méprisais ce genre d’un côté, ou que je me moquais des gens filmés de l’autre. Il me fallait donc une musique speed et folle, mais non-connotée Japon. Un jour j’écoute l’album «Dead Note Theory» de One Foot Dancer, et je tombe sur la piste 5, «The Dreamer». Et tout était là, c’était exactement l’esprit, la chanson faisait la même durée que l’intro Super 8 à la seconde près (!), et les paroles évoquaient le rêve d’un type pris au milieu d’un ouragan, mais qui tuerait si on venait à le réveiller ! Pour moi cet homme, c’était mon spectateur/touriste lambda, prêt à tuer si on lui servait autre chose que des sushis, des néons ou des geishas… La chance a fait que je connaissais un des membres fondateurs du groupe, c’était parti.
Cette séquence en Super 8 était aussi une façon de dire au revoir à ce «vieux» format que j’adore, avec lequel j’ai beaucoup filmé.


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Pour en revenir à la musique, tu as aussi collaboré avec un artiste colombien…


Oui et je suis très heureux là-aussi de cette rencontre, car j’ai découvert par hasard la musique d’Andrès sur le net, alors que je tournais le film à Kyôto. Et là-encore, comme avec One Foot mais dans un tout autre domaine, la même longueur d’onde, ce mood si particulier que je cherchais à faire passer. La musique d’Andrès est fluide, très expérimentale tout en restant simple et belle, pleine de grâce. Elle m’a énormément conforté dans mon processus créatif pendant le tournage du film, lors des moments de doute quant à la direction prise. C’est pourquoi lorsque j’ai cherché à créer une «respiration» musicale dans le film (la version sans musique, très immersive, ayant endormi mon père/spectateur-test 14 fois), un ami m’a suggéré de faire appel à Andrès. Je l’ai contacté, lui ai montré des images du film, expliqué le concept, et ce dernier s’est montré tout de suite très enthousiaste, nous autorisant à utiliser les 4 pistes que j’écoutais en boucle à Kyôto. Voilà pourquoi je suis si content qu’aujourd’hui ces musiques inspiratrices accompagnent le film «réellement», dans ce sens. C’est une belle boucle bouclée.


Pourquoi tant de temps entre le tournage et la sortie du film ?


D’abord l’arrivée de mon fils, et moi dans le rôle de papa-à-la-maison ! J’avoue que ça a été un beau stand-by… Mais je ne vais pas tout mettre sur le dos de mon bambin !
Non, mon problème c’est que je voulais tout montrer, faire tout ressentir et ça presque en temps réel. Un an, un an à raconter ! La première version officielle de Kamo river faisait 6 heures, mais je perdais tout le monde. J’ai mis des mois à en faire une version «tout public», de 2 heures et 15 minutes, avec ce concept de l’année passée là-bas racontée en 12 journées. Des mois à faire le deuil pénible de séquences entières, d’amputations difficiles qui à chaque fois retiraient (d’après moi, à ce moment là) un morceau d’âme du film. Et puis beaucoup de soucis informatiques, un premier montage définitif (!) en SD, l’attente et l’espoir de trouver les bonnes personnes pour la post-prod, l’arrivée des bonnes personnes pour la post-prod, avec un regard neuf, perspicace, brillant, et un doigt qui appuie là où ça fait mal, pour le bien du film. D’autres deuils, un remontage total du film en HD, encore des amputations, diverses opérations à cœur ouvert, et voilà.
Aujourd’hui le film fait 1 heure 12 minutes, et j’en suis très fier (le premier qui me demande «pourquoi du coup je n’ai pas fait un 52 minutes» je l’abats sur le champ).


Tu ne trouves pas «risqué» de ne pas proposer d’axe de lecture ni d’apposer de voix-off ?


Non, je m’y suis refusé dès le début, j’assume pleinement ce choix. Mon documentaire ne fournit ni réponse ni direction pour mieux ouvrir la voie au sens et laisser le spectateur libre de ses ressentis, face à une image que certains jugeront sûrement contemplative. Mon objectif est que le spectateur, une fois le film visionné, ait eu l’impression de vivre un moment simple et beau, d’avoir partagé un véritable instant de vie japonais. C’est tout.



Propos recueillis par Pensées Images, septembre 2011


3 neige

Vous pouvez visionner la « bande annonce » et suivre les infos concernant sa diffusion sur  http://www.kamoriver.net .


Credits photo © Eric Richer 2007


4 juillet 2011

En voici en voilà !!!!!!

Haha ! Ma chère Flora, me re-voici enfin ! Non je ne me suis pas noyée dans une solution de citrate de fer amoniacal vert, ni dans la cuvette des toilettes (ni à la piscine que j’essaie de fréquenter plus ou moins régulièrement, ni dans la Saône ou le Rhône dans lesquels j’évite de me baigner) … Me voilà de retour pour de nouvelles aventures cyanotypesques et photographiques en tous genres !!

J’ai profité la semaine dernière de passer quelques jours chez mes vénérables (comme des arbres) grands parents pour continuer les essais de cyano que j’ai mené (trop) sporadiquement et en (trop) petit format.

Il faut dire que je manque habituellement de quelques éléments très favorables à ce genre d’activité, éléments que j’ai en abondance chez eux, merci Papi, merci Mamie.

1) Un GRAND jardin donnant dans les 4 directions, en particulier au sud-ouest, de la place, donc beaucoup de place et beaucoup de soleil. Et naturellement puisqu’il s’agit d’un jardin, une grande quantité d’espèces végétales.

2) Un sous-sol frais, sans trop de fenêtres, avec un grand lavabo carré.

3) Au sein de ce grand sous-sol, un GARAGE ! Oh merveille que ce garage ! Lui aussi grand, frais, plein de bric à brac, et disposant en son fond d’une pièce absolument obscure !! Le fin du fin !

4) Enfin, une véranda pour finir d faire sécher les cyano humides et continuer les expériences en hiver (sans trop se peler les fesses).

Bref, tu l’auras compris j’ai profité de ces conditions optimales pour bricoler à l’aise et avancer sur la route du cyanotype. C’est décider, la prochaine fois je mettrai les doigts dans la gélatine.

Mais trêves blabla, voici quelques images (encore que Nancy Wilson-Pajic dise que le photogramme, la trace par contact d’une chose ne soit pas équivalente à l’image de cette chose … )

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12 x 14,9 cm

Sans doute parce que cette feuille a été sensibilisée il y a fort longtemps (c’est une hypothèse) la plus grande partie du sujet est bleuasse au lieu d’être blanche … mais pas sûre que ce soit la bonne raison. J’aime bien la forme de la plante qu’il faut contraindre pour qu’elle rentre sur la petite feuille.

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21 x 29,7 cm

C’est le cyano de 19h30. J’ai voulu y tenter des choses qui n’ont pas marché (à cause du vent), et tandis que d’autres, auxquelles je n’avais pas pensé, sont advenues, telle que la trace de la plaque de verre. Relativement déçue (mais je n’en attendais pas grand chose) je suis tout de même contente des trouvailles hasardeuses (me donne des idées).

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29,7 x 42 cm

Déçue, déçue, déçue !!!!!! Ça ne donne pas du tout comme j’imaginais, les épines ont l’air complètement ridicules !! Et puis l’effet gros nuage m’agace particulièrement avec ces foutues misérables épines. Je ne les abandonne pas pour autant.

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29,7 x 42 cm

Ortie. Pas déçue ! J’aime bien le passage de la précision à l’informe de haut en bas. Et les mouvements du pinceaux (peu visibles sur cette photo) qui suivent vraiment la posture de l’ortie. Du coup cette ortie devient un peu comme un personnage, elle a du mouvement. J’aime bien que les blancs de la feuille laissés lors du badigeonnage se fondent avec les blancs de l’exposition (ou plutôt de la non-exposition).

Quelques effets bizarres aussi, qui me plaisent beaucoup. Par endroit il y a cette sorte de violet-brulé (voir image ci-dessous) mais je sais pas du tout à quoi c’est du, et donc comment le reproduire.

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32 x 59 cm

Le plus format que j’ai essayé (le HK dans son sous-sol rigole). Pas évident à laver (l’évier n’était pas assez grand). Assez contente de cet effet de flammes, de contours précis et imprécis. Mais encore assez d’effet de profondeur.

Et puis là aussi j’ai eu quelques surprises !!

D’une part j me demande si la chime n’a pas trop imbibé les fibres du papier, car en dehors du bord, les feuilles ne sont pas vraiment blanches mais là aussi légèrement bleuâtres. Et puis surtout je me suis servie d’un grand calendrier de bureau pour faire reposer mon papier, au moment de l’exposition et pour la fin du séchage du papier … Je ne sais pas ce que c’est comme encre pourrie toxique et polluante qu’ils utilisent pour ces foutus calendriers , mais figure toi que l’année 2009 a déteint sur l’envers de ma feuille !!!

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Pour le cyanotype j’avais bien pensé à des effets de transparence par l’exposition, sur le dessus, mais pas par le mouillé et par en-dessous !!! J’ai quand même un peu les boules !
Pour l’Auvergne je prépare aussi mes p’tits produits chimiques, quelques feuilles, quelques supports pour les poser et quelques plaques de verre pour applatir, du fil, des pinces à linge, des chiffons, des papillons. Et puis aussi j’ai un grand drap blanc pour tu sais quoi. Si tu as aussi un grand drap blanc c’est aussi bien d’en faire 2, ça en fait un chacune.

A très bientôt !!


10 juin 2011

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Il y a 3 ans je faisais mes valises et l’on commençait cette correspondance pour de bon.

Es tu prête pour un nouveau départ ?


29 mars 2011

OCÉANEIGE

En 2009, une pellicule Ilford HP5+ voyagea en France puis en Australie, impressionnant par deux fois sa surface sensible. Et si d’un côté du globe l’hiver faisait tomber une froide neige, de l’autre l’été chauffait une traversée du désert aride joignant deux océans. Le hasard fut que par 17000 kilomètres et quelques semaines de distance, la pellicule engrangea ces lumières antipodes avec seulement un décalage infime entre les vues.

Mesdames, messieurs, voici en exclusivité le témoignage d’un voyage impossible.

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Ne manquez pas la prochaine expérimentation: les tribulations d’une pellicule 120 couleur en 2017…


25 mars 2011

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Une image qui laissera les pensées divaguer si vous le voulez.


16 mars 2011

Promenons nous dans les bois …

Ma chère Flora,

Voici à peu près un an, après votre retour du Japon, tu est venue nous voir. Et comme il est bon au printemps, plus encore qu’à d’autres moments de l’année parait-il (pour le foi m’a t-on dit) d’aller en foret, nous avons été nous promener dans la campagne à l’ouest de Lyon.

On a d’abord eu quelques soucis pour faire démarrer la voiture … et puis surtout on s’est très très largement perdues sur ces routes sans panneau ni numéro. Quelle galère ! Je n’y comprenais plus rien. Cette situation de tourner en rond, d’être incapable de nous situer quelque part m’a vraiment stressée. On est finalement arrivées, je ne sais plus trop comment. Et on a pu marcher dans le bruissement des arbres, le froufrou des des feuilles mortes, dans les bois de hêtres et de sapins. On a marché tantôt sur les hauteurs, dominant un vaste panorama, tantôt dans le creux humide des collines …

Tous les hêtres, sapins, châtaigners de ce coin sont assez jeunes m’a t-on dit aussi (même source que le foi), environ 50-40 ans, issus d’anciennes exploitations des arbres pour le bois, les châtaignes et autres. On reconnait ce caractère récent et cette ancienne exploitation au fait que les jeunes arbres (pas de vieux troncs centenaires) poussent très souvent à partir d’une souche.

Et dans ces bois, pour sûr on ne s’est jamais perdues (enfin heureusement que tu étais là parce qu’avec mon flaire de Rantanplan …) !

L’autre jour on s’est demandé quand est ce qu’on pourrait enfin retourner se promener dans les bois profiter des bourgeons et du pollen !!

Et voilà que, quelques jours avant l’arrivée du printemps ce sont les négatifs de cette ballade qui se retrouvent dans un scanner à Strasbourg ! Sapristi !

Nos précédentes interrogations sont plus que jamais pertinentes !

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